Accueil aide médicale à mourir Je deviens lourd pour toi (partie 1 de 3)

Je deviens lourd pour toi (partie 1 de 3)

par Audrey Dallaire
aide médicale à mourir au Québec

Note de l’éditeur: Cet article est particulier. Il a été écrit il y a presque trois ans mais n’avait pas été publié à l’époque. Nous le publions aujourd’hui car le sujet de l’aide médicale à mourir au Québec est toujours d’actualité et l’histoire qu’il vous raconte mérite d’être entendu. Bonne lecture.

À la mémoire de Raoul Gagné 1957-2017

Je prends aujourd’hui ma plume la plus délicate pour vous raconter la touchante histoire de vie de Raoul, de Jacquelyne, de leurs enfants Myriam et Pier-Olivier.

J’utilise cette plume avec un respect profond pour Jacquelyne qui a bien voulu nous partager cette magnifique histoire d’amour qui se poursuit au-delà du décès de Raoul en mars dernier.

J’écris de cette plume avec douceur et humilité pour vous relater les raisons de Raoul à faire appel à l’aide médicale à mourir au Québec.

Partie 1 de 3 


 « Jacquelyne, si je deviens lourd pour toi… » 

Le printemps dernier, j’accueille ma sœur et sa famille de Gatineau dans ma petite demeure pour le week-end. C’est à ce moment que Martine et Mario me racontent une partie de cette touchante histoire concernant le départ de Raoul, le mari de Jacquelyne, amie proche de Martine. Comme je connais un peu Jacquelyne, je suis bouleversée par ce récit, j’ai des frissons d’amour et de tristesse pour elle et des questions plein la tête.

En effet, ce qui me bouleverse, entre autres, est le fait que Raoul ait choisi de faire appel à l’aide médicale à mourir. Comment fait-on ? Comment se sent-on ? Pourquoi ? 

Quelque temps plus tard, avec l’aide de Martine, Jacquelyne accepte de me raconter son histoire et souhaite ainsi que Le Nécrologue puisse sensibiliser les gens à cette récente possibilité qu’est l’aide médicale à mourir au Québec. 

17 août 2017, au téléphone avec Jacquelyne

Audrey: Bonjour Jacquelyne, comment vas-tu ?

Jacquelyne: Je vais quand même bien, je travaille beaucoup depuis quelques mois à refaire une beauté à mon restaurant. Je pense que ça m’a aidé à passer au travers…

Audrey: J’imagine que de se tenir occupé fait en sorte qu’on pense moins n’est-ce pas ? Hé! bien, si tu le veux bien, j’aimerais que tu me racontes. On plonge ?

Jacquelyne: Oui OK, on plonge. Audrey, Raoul était un être extraordinaire. C’est encore incroyable que je me retrouve dans cette situation, sans lui à mes côtés. Pendant les trente dernières années, il était mon amoureux à moi. On s’aimait vraiment et on était là l’un pour l’autre. Notre vie était belle, simple et tellement agréable. On vivait à fond! Juste aller magasiner c’était la fête. Je suis privilégiée d’avoir vécu à ses côtés. Raoul était doux, amoureux et fier. Tu sais, quoiqu’il soit parti, il est partout avec moi, je le sens, il est là dans ma chambre, dans mon lit /silence/ j’ai le cœur moins lourd quand je le sens, ça m’enlève du mal… 

Audrey: Oh, Jacquelyne quelle belle relation vous aviez ! Es-tu prête à me parler de comment ça s’est passé quand vous avez appris qu’il était malade ? 

Jacquelyne: Si tu savais combien on s’aimait Audrey… Combien il était un bon papa, un bon mari, un bon frère, un bon collègue… /silence/.

Il était malade depuis 2015, mais tout était « sous contrôle »… L’été dernier, au retour d’un voyage nous avons beaucoup parlé, car une amie avait récemment fait appel à l’aide médicale à mourir. À ce sujet il m’avait dit à ce moment « Jacquelyne, si je deviens lourd pour toi… » 

C’est au début de cette année que les médecins ont découvert vingt-trois masses à son cerveau, il avait des métastases partout. Quand le médecin a prononcé le « l’on peut s’attendre à deux mois », je croyais que Raoul n’avait pas entendu. Je suis partie littéralement à courir dans le corridor « je suis forte – est-ce que c’est vrai – il ne peut pas partir -». J’étais prête à arracher les cheveux du médecin un à un… « Ça ne peut pas arriver – il est en forme – il mange bien – il est un bon papa… » /respire profond/.

Ils ont proposé des séances de radiothérapie… Je savais qu’il allait partir, mais je ne le voyais pas. Je ne voulais surtout pas entendre ça.

Audrey:           Oh! là là. LE choc… 

Jacquelyne:   Oui en effet… On était… les mots me manquent pour décrire l’état dans lequel nous étions plongés…

Après quelques semaines, Raoul m’a dit : « Tu sais Jacquelyne, on en a déjà discuté… je vais aller chercher l’aide médicale à mourir à la fin de ma vie ! »/silence/

Vous pourriez être intéressé à consulter la suite de cette histoire.

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4 commentaires

Lise Brouillette 10/06/2020 - 18:37

Quel beau texte. Histoire émouvante

ghislaine desbiens 24/06/2020 - 14:17

J’espère avoir ce courage, moi c’est ce que je veux.
Publier cette histoire est très réconfortant, en plus d’informer.
C’est rassurant.
J’aime beaucoup

Claude Audet 05/07/2020 - 05:36

Comment faire pour officialiser ma décision de recourir l’aide médicale à mourir

Suicide assisté ou le droit de choisir sa fin - Le NécroBlogue 08/12/2020 - 09:47

[…] y a quelques temps, nous avons publié l’histoire de Raoul, un québécois qui a choisi l’aide médicale à mourir afin de mettre fin à ses […]

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